[Ses deux amantes.]
Blanc. Tout est blanc d'abord. D'une blancheur éclatante, magnifique, et tellement effrayante à la fois. Un monstre, un gouffre sans fin. Toute son essence vitale est bue par cette blancheur qui ne se colore pas, par ce vide qui ne se comble pas. Il se sent soudainement aussi creux que ce qu'elle est blanche. Il passe doucement sa main sur elle. Elle le brûle, mais elle l'attire. Il souffre, mais il l'aime. Perdu dans sa contemplation morbide, il ne l'entend pas arriver.
Et pourtant elle s'approche, lentement, sûrement. D'une, elle se multiplie. De plusieurs, elle s'unifie.
Puis, soudainement, il ne contrôle plus. Elle a pris le pouvoir sur ses muscles, sur son esprit. Elle s'est infiltrée, diffuse, à l'intérieur même de lui. Il ne lui reste maintenant qu'une seule idée en tête.
Obsession.
La servir.
Tout disparait. Dans leur danse morbide, ils ne sont plus que trois. Lui, et elles. Sous les ordres de l'une, il va faire corps avec l'autre. Il trempe sa plume dans l'encre et s'attelle à la tache. Muette, elle hurle de douleur sous les coups brusques qui griffent son dos. Elle perd son unité, sa blancheur enivrante, et pourtant, elle sent que par les mains habiles et aimantes de celui qui la maltraite, elle se réalise. Elle connait sa raison d'être. Les servir : lui et Elle.
Lui semble être plongé dans une transe, évidente et essentielle. De ses doigts agiles, il caresse la plume et trace à l'encre violette les courbes de celle qu'il aime sur celle qui le fascine. Dans une tension presque érotique, il s'embrase. Et, après cette union aussi brutale que passionnée, il arrête tout. Il se sent plus vivant, mais aussi plus creux que jamais.
Elle l'a quitté.
Libéré de sa douce autorité, il doute. La peur le prend à la gorge, et de ses crocs sanglants, le serre jusqu'à ce qu'il hurle d'angoisse et de douleur. Alors, il retourne auprès de sa première amante et se cache de la souffrance parmi les arabesques violettes qui tachent sa blancheur. Il est doux maintenant, amoureux, protecteur. Il la couve des yeux. Elle, si fière avant, lui appartient et ronronne comme un chaton repu.
Il respire. C'est fini. Il est soulagé.
Mais il attend qu'elle revienne. Car la servir est sa raison d'être.
Ecrire. Pour survivre.